Notes de cuisine

2002

de Rodrigo Garcia

Traduction Christina Vasserot

Imagine 

Une cuisine. La table. Un mari, un amant et la femme. Laisse le tout mijoter pendant 1 heure 30.

Testicules d'agneau contre soupe de câpres, scandale chez Maxim's contre scandale à l'Hôtel Waldorf Astoria, rêves de vie contre rêves d'ailleurs...

Pas de quartier pour reconquérir l'objet désiré, les seins, l'estomac, le cœur, le palais de la femme, sa cuisine.

La règle du jeu est donnée. Poursuites triviales, concours de recettes, de jongleries, concours de vie sont les instruments de leur cuisine.

Préparer, transformer, altérer l'aliment avant de le dévorer.

Trophée de conquête, la femme objet de tous leurs regards, de toute leur convoitise, est seule au monde.

A sa table de vérité, elle se débat dans sa propre histoire. Elle fait table rase du passé.

A son tour elle les regarde et les met sur le gril. Elle les pousse à mettre cartes sur table.

Les tables de jeux se multiplient comme autant d'aires de combat. Les numéros, les discours, les conflits et les rêves où personne ne s'appartient aussi. Les rivaux abattent un à un leurs atouts les plus fous. Le son des machines de cuisine scande des joutes infernales.

Submergée par leurs fantasmes, cette Eve ne les distingue plus dans leurs aveux, leurs éparpillements, les lieux communs de leurs tentatives identitaires. Dérisoires parties de dînette à trois où, à chaque instant, chacun se joue, se gagne ou se perd.

A servir glacé.

Notes

L'espace cuisine lieu d'intrigue. Table de tribu, de préparation, d'organisation, de lavage, d'épluchage, de découpage, de retrouvaille, de maquillage, de feu, de convive, de dissection, de représaille, de matière, de jeu, de danse, de ripaille, de parole, scène ouverte, castelet. Le trio y a la contrainte de l'impossible dissimulation. Être regardé sous tous les angles se débattre avec les autres, avec soi-même, avec le temps... La nourriture matière vivante est "nature morte". Image figée sur la table. Les souvenirs, la mémoire de C. le film Super 8. Images en mouvement. La femme, met en branle ce qu'elle pensait mort.

Le cycle des préparations culinaires est sonorité. De l'eau bout, un fouet bat, un couteau s'aiguise, la hache s'abat, la viande tombe, la minuterie sonne... Un cycle de machine pour se mouiller, se laver et passer à l'essorage... le temps de se cuisiner, d'être nourriture.

Chaque séquence est envisagée comme un objet particulier. Il n'y a pas d'incarnation de personnage. Les hommes et la femme appréhendent la séquence sans aucun lien avec la séquence précédente. Ils s'y donnent des règles, des contraintes physiques, de temps. La préparation d'un œuf à la coque. Trois minutes et demie pour s'imposer soi. Ces exigences forgent leurs attitudes. Leurs corps, leurs énergies s'entrechoquent aux textes, aux situations de crise. Leur "rituel" emmène les protagonistes masculins d'une relation de rivalité à celle d'altérité. D'interchangeabilité. Ces suites d'instants, suspendues, reproduites, sont un immense et intense éparpillement. Une impossible synchronisation de leurs désirs respectifs.

Avec Notes de cuisine Rodrigo Garcia nous emmène au cœur de la tribu de la femme, du mari et de l'amant.

Il met sur table leurs affections, leurs infections : joutes langagières, déferlement de paroles, duels de recettes culinaires, de monologues, récits fantasmatiques, éclatements de toutes les frontières, réelles et imaginaires.

Cette multitude de mots, de paroles, de refrains et de séquences, fils parcellaires tisse une activité spéculative : se poser soi.

Marginalité et appartenance s'entrechoquent dans cette cuisine, centrifugeuse sociale.

Les hommes s'affrontent jusqu'à interchanger leur rôle. Une contagion.

La femme exclue du feu de la cuisine pose un regard cru sur le passé et le présent. Puisqu'on ne peut voir l'avenir.

Elle met sur la table des convivialités une parole fracture.

Coproduction Les 198 os | Théatre de la Digue | Théâtre National de Toulouse | avec l'aide de la DRAC Midi-pyrénées, du Conseil Général de la Haute-Garonne et de la ville de Toulouse.

Notes de cuisine est présenté en 2002 au Théâtre de la Digue puis au Théâtre National de Toulouse, lors de la première édition du Festival « Mira ! ».

Distribution Mise en scène Scénographie Lumière Virginie Baes | Son Sophie Constantin | Avec Françoise Ostermann, Laurent Pérez, Olivier Chombart.

© V.Baes

Les 198 os

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